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Garde à vue et libération des deux journalistes EM

Garde à vue et libération des deux journalistes EM

4 octobre 2016

Rappel chronologique

Jeudi 29 septembre 2016, vers 20h les deux journalistes d’EM Said Amidan et Brahim Laajail, étudiants à Agadir, sont partis en covoiturage avec une connaissance, d’El Aaiun au Sahara Occidental en direction d’Agadir au Maroc. Said Amidan est né le 02/05/1988 à El Aaiun, Brahim Laajail né le 02/05/1986, à El Aaiun aussi.

Vendredi 30 sept 2016 à 10h30, contrôle d’identité au barrage de Guelmim sud (Maroc), alors que Said Amidan était au volant. Seul Said avait ses documents qu’il a présentés.

Après contact de l’agent avec le commissariat central, les documents d’identités n’ont pas été rendus. Après 30 minutes d’attente dehors, alors qu’un véhicule de la police arrivait, le propriétaire qui les amené est parti rapidement, laissant les 2 journalistes sur place. EM n’arrive pas à contacter cet homme pour recueillir ses explications.

Said Amidan et Brahim Laajail ont été conduit au 1er arrondissement de la police de Guelmim, où pendant 3h ils ont subi des mauvais traitements et insultes à caractère raciales de la part du commissaire. Menotté trop serrés, ils ont reçu des coups de poing dans le ventre, des gifles, des insultes. Ils ont été mis nu pour une fouille au corps. Said avait dans sa poche un médicament contre l’insomnie, le lorazepam cinfa 1 mg dont il restait 12 comprimés. Cela, comme ses deux téléphones, son permis de conduire, sa carte d’identité lui ont été confisqués, de même que le téléphone de Brahim. Tous ces effets personnels n’ont pas été rendus à leurs propriétaires après leur remise en liberté, et sont gardés à la préfecture de police.

A 14h30, les deux journalistes ont été conduits au commissariat central, où le préfet et 4 officiers les attendaient pour l’interrogatoire. Ils étaient alors menottés.

Pendant 2h, le préfet a insulté et frappé Said et Brahim. A 3 reprises il a usé d’une paire de menotte pour cingler les journalistes. Parmi les propos tenus : « vous les Sahraouis séparatistes, vous êtes des insectes » ; « Ici, vous êtes dans un endroit sans merci, impitoyable » ; « Ton frère Chaikh a tenté d’exploser le convoyeur de phosphate et ta sœur Rabab, cette (insultes sexistes non reproduites) nous dérange… »

Le préfet a ensuite ordonné au chef de la police judicaire de « bien remplir le dossier ».

Les deux journalistes ont été conduits dans 2 cellules séparées, chacun avec 3 marocains gardés à vue pour des motifs de droit commun, avant d’être conduit dans 2 bureaux séparés pour un nouvel interrogatoire avec des policiers.

Pendant 1h, ils ont du répondre aux questions « habituelles » dans le cas d’arrestation de Sahraouis militants : nom, généalogie, identité et nombre de membres dans la famille, tribu, présence de familles aux camps de réfugiés ou pas, visite des camps ou non, appartenance à un parti politique marocain, date d’engagement avec le Polisario...

Les agents ont aussi fait de la provocation tribaliste, la technique marocaine pour séparer les Sahraouis, argumentant qu’ils étaient amazigh et non arabe. Ce qui a donné lieu pour Said à un exposé argumenté sur les amazigh dont il est spécialiste, conduisant le policier à mettre fin à l’interrogatoire.

Said comme Brahim ont pris le parti de répondre précisément pour informer les agents de leurs lacunes et erreurs.

A 20h le 30 et pendant 1h ensuite, Said et Brahim ont été interrogé par 2 agents de la DGST, dont Boukricha. Sous la menace, les journalistes ont été contraints de révéler les codes pin de leurs téléphones, ainsi que les mots de passe d’accès à leur Gmail et compte Facebook. Les données, communications et images personnelles ont été copiées et étudiées.

Outre les provocations du genre « vous voulez le Sahara, voila donc le Sahara » affirmation criée en levant le majeur, les agents DGST les ont interrogés sur la nature de leurs relations avec les observateurs, journalistes et autres visiteurs étrangers venus dans les territoires occupés. Notamment sur dernière visite du deux espagnols Julia Brieto Romero y Rubén Campos, refoulés vers le Maroc.

Les agents de la DGST ont interrogés les deux journalistes sur leur travaux dans l’équipe media, et la structure partenariale de l’organisation, mais aussi sur leurs activités à l’université.

Boukricha et son collègue ont affirmé que le Maroc donnait « beaucoup choses pour les Sahraouis, la farine, le sucre, l’huile à bon prix, mais les Sahraouis sont des salopards » .

De retour dans la cellule de garde à vue, Said et Brahim n’ont pas été autorisés à recevoir la nourriture et les boissons que respectivement une cousine et un frère leur avaient apportées.

Un policier avait pour consigne que rien ne soit remis aux 2 Sahraouis, il a pris les aliments et ne les a pas remis à leurs destinataires. Pendant les 48 heures en garde a vue, les deux journalistes n’ont avalé qu’un demis litre chacun et un pain, donné par la police. Ils ont passé la nuit sans matelas ni couverture. Les prisonniers marocains pouvaient eux recevoir la nourriture apportée par leurs familles.

Said et Brahim ont passé la journée du 1er oct dans la cellule de garde à vue.

Le 2 oct, à partir de 11h, ils ont attendu leur tour de passer devant le procureur du roi. Ils sont passés les derniers, soit vers 16h.

Le rapport du commissaire du commissariat central comportait les chefs d’accusations suivants :

Dossier n° 2016/2102/1031

Pour Said

Possession et consommation de drogue. Insulte à police judicaire par fausse déclaration d’un crime

Pour Brahim

Non présentation de document d’identité, Insulte à police judicaire par fausse déclaration d’un crime

Les deux ont refusé de signer le rapport de la police. Suite à l’audience, ils ont été relâchés après avoir reçu une convocation à une nouvelle audience fixée le 18 octobre devant la cour de Guelmim.

Equipe Média, El Aaiun, Sahara Occidental occupé

Le 3 octobre 2016

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